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 Bon, ben... Salut [Jiao Li]

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Ce message a été posté Sam 6 Aoû - 18:47
Ce matin j’ai reçu un e-mail de la responsable de l’intégration des étudiants chinois dans l’université, ou plus simplement un comité qui traduit les textes officiaux pour nous… Je savais très bien de quoi il en retournait, n’ayant pas beaucoup de chinois dans l’établissement et sachant que je suis plus âgé que certains, ils m’ont choisi pour présenter l’école et assister un nouvel arrivant. C’est ma première fois mais je pense que je peux m’en sortir après tout je suis une thérapie qui est censé m’aider à m’adapter mieux en société…

Pour être honnête, je la suis simplement pour faire plaisir à ma mère qui pense que je devrais mieux traiter les filles et les gens en général, en attendant, ce n’est pas elle qui se retrouver fiancé contre son gré. Surtout que venant d’elle, ça m’étonne :  Elle qui se plaint qu’on l’ait forcé à épouser mon père, elle me force à épouser la fille du ministre de l’intérieur coréen.  Quelle poisse. Je fronce les sourcils et check mon téléphone pour vérifier si Jiao Li (Si je me souviens bien du mail) a bien reçu mon sms avec la destination : La fontaine. Au moins, sur cette place principale, elle pourra forcément me retrouver parmi les autres qui, heureusement pour moi ne sont pas nombreux aujourd’hui. Je suis plutôt grand, les cheveux blonds et mon jean est bien serré, on pourrait me penser mannequin… Sans vouloir me vanter, je veux dire. ¨Par contre, je ne sais pas si on lui a fait une description de mon physique ou si elle m'a déjà vu quelque part en photo.

Ma foi, point positif? Il fait beau et chaud, c’est agréable sur la peau et ça me donnerait presque l’envie de m’allonger et me perdre dans mes pensées. Mais je crois reconnaître au loin une demoiselle de type chinoise et je la fixe avec insistance, le visage sans expression et les commissures figées. J’inspire un coup, m’approche d’elle à grandes enjambées et souris avec la plus grande discrétion, voir même un rictus quasi-inexistant. Je lui demande dans un chinois clair et bas une fois tout juste en face d'elle :

« Tu es Jiao Li ? » Me raclant la gorge, j’incline la tête en guise de salutation et continue dans notre langue natale. « Jia Heng. Ravi de te rencontrer. »
Enfin, aussi ravi que je peux l’être d’être là alors que j’aurai préféré être chez moi. Je soupire et mets mes mains dans les poches, zieutant tout autour et ne prêtant pas vraiment attention à la jeune fille avant de me dire qu’il faudrait que je parle un peu au lieu de rendre la situation encore plus embarrassante et lourde.

« Tu viens d’où ? » Simple politesse clairement forcée, je tapote ma basket droite contre le pavé et tourne mon regard vers la fontaine, observant l’eau miroitante sous les rayons de lumière. Je suis déjà blasé et on a pas encore commencé... Il faudrait qu’on bouge où qu’on se mette quelque part, j’admets aussi ne pas savoir comment démarrer la chose. Je suis son parrain mais qu’est-ce que je peux lui montrer ? Ou la renseigner sur quoi ? Bêtement, un haussement d’épaule m’échappe et un « Uuh… » s’esquisse sur ma bouche. « T’as une question ? »



Donc… Si personne ne l’a compris, je suis pas quelqu’un de très communicatif, ni de très expansif et pas très enthousiaste à l’idée de me farcir encore et encore des responsabilités. D’autant plus que je n’ai aucun réel intérêt à faire ça alors même l’hypocrisie ici ne suffit pas à faire de moi quelqu’un de supportable. Je suis peut-être trop dur avec moi-même. De l’autre côté, il est trop tard pour rebrousser chemin maintenant alors autant s’y mettre un minimum dedans. Au pire, la seule chose que pourrait penser Jiao Li c’est que l’amabilité n’est pas une qualité que je possède. Et elle ne sera pas la première…

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Ce message a été posté Sam 6 Aoû - 20:35
J’avais beau être arrivée au début du printemps, je n’avais pas pris la peine de m’inscrire à cette association sans queue ni tête, qui ne me correspondait en rien, tout ça pour être forcée à rencontrer une personne que j’avais peu de chance d’apprécier, et qui en plus devrait me supporter. Et puis, via une discussion que j’avais eue avec l’un des élèves partageant mon dortoir, il semblait que certains parrains étaient plutôt difficiles à vivre, donc j’avais d’autant moins envie de me lancer dans cette histoire. Et puis, il y avait eu Fu Hai. Mon frère ainé qui, comme toujours, me poussait vers le haut, m’invitait à être plus ouverte parce que le situation ne pourrait tout bonnement pas être « aussi terrible » que mon esprit voulait me le faire croire. Alors, j’avais marqué mon nom sur une liste, à contre cœur, après être passée au moins trois fois devant la porte de l’association sans y entrer.

Li Jia Heng. Voilà le nom qui m’avait été donné. Une partie de moi était légèrement rassurée du fait qu’il soit un homme, car, ma relation avec les demoiselles étaient en général bien plus conflictuelles. Toutefois, il n’en restait pas moins un personnage dont je n’avais aucune motivation à rencontrer. Je saurais faire des efforts, bien évidemment, mais j’avais malgré tout de grandes difficultés à le cacher. Je laissais beaucoup de choses transparaitre, et il me faudrait faire preuve de beaucoup de concentration pour ne pas lâcher plus de deux soupires chaque dizaine de minutes.
En effet, depuis que mon réveil avait sonné ce matin-là, je n’avais cessé de soupirer. En me levant. En me préparant. En me rendant à la bibliothèque. En terminant mon devoir de physique. Le pire ayant été que je m’en étais parfaitement rendue compte, et que cela me rendait d’autant plus folle contre moi-même de réagir ainsi. Ce ne serait pas grand-chose. Le pire des situations ferait que nous ne nous verrions qu’aujourd’hui, et plus jamais ensuite. Quelques minutes, et ensuite plus rien. Ou alors, cela se passerait sans trop d’encombres et j’aurais marmonné pendant des jours pour rien. Je m’épuisais, voilà tout.

Assise sur un banc, non loin de la fameuse fontaine où nous devions nous retrouver je patientais tranquillement. Simplement vêtue d’un jean et d’un haut léger aux tons clairs, j’étais plongée dans la lecture d’un ouvrage posé sur mes genoux. Le sujet n’avait rien à avoir avec mes études, mais le marketing et le management étaient mes nouveaux objectifs, alors je patientais en enrichissant mon esprit de données que j’espérais m’être utiles pour plus tard. J’avais également attaché mes cheveux en une queue de cheval haute, car le temps chaud était très rarement bon ami avec ma crinière chocolat. Les minutes passaient, et je ne faisais aucunement attention à l’heure. J’étais arrivée en avance par principe, mais avais déjà tourné tant de pages de ce fichu bouquin que je ne remarquais plus guère les présences autour de moi. Et encore moi le regard fixé en ma direction, ou encore le bruit des pas s’approchant. « Tu es Jiao Li ? » C’était si étrange d’entendre du chinois, et mon prénom prononcé ainsi. Il m’avait fallu un certain temps pour m’accoutumer à l’accent japonais sur celui-ci, alors je ne pouvais que relever un regard interrogateur vers mon interlocuteur. Il se présentait, et je compris alors que c’était lui. Mon parrain. Je le regardais un instant sans dire un mot, sans le dévisager pour autant tant mon regard était neutre à son égard. Je fermai lentement mon fin ouvrage, avant de finalement prendre parole.

« Enchantée. »

Un léger signe de la tête en réponse à son geste. Techniquement, il est plus âgé que moi, et j’aurais sans doute dû me lever et le saluer plus proprement. Mais, je ne l’avais pas fait. Je n’avais aucune raison particulière, cela ne m’avait simplement pas semblé naturel.

« Tianjin, et toi ? Plutôt du sud, non ? »

Il avait beau ne pas avoir parlé beaucoup, il avait ce léger accent que me faisait pensé qu’il n’était pas de la capitale, ni du nord du pays. Non pas que la réponse avait un grand intérêt, mais, il fallait bien meubler un peu.

« Pas vraiment. »

Que l’après-midi allait être longue. Aller, Jiao ! Fais donc un effort ! que je me disais, complètement dépitée par mon propre comportement. Je retins un soupire, et me levai rapidement. Je glissai mon livre dans mon sac, avant de reporter mon attention sur lui.

« Marchons un peu. Cela me donnera peut-être une idée. »

J’allais geste et parole, indiquant un chemin au hasard et commençant à me déplacer dans ladite direction. Nous ne pouvions décemment pas rester au même endroit, et je sentais bien que l’inspiration à mener une conversation n’était pas de mon côté pour le moment. Avec un peu de chance, marcher nous permettrait d’entretenir un semblant d’intérêt l’un pour l’autre.

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Ce message a été posté Mer 10 Aoû - 19:17
Jiao Li a un visage fin et des yeux en amandes, elle n’a rien d’une bimbo et a même plutôt l’air d’être du genre intellectuel. Management et gestion ? Il me semblait avoir compris qu’elle était en Sciences plutôt mais qu’importe, cela ne changera pas le fait qu’elle est une fille et que j’ai peu de bon rapport avec les filles, mis à part Chiaki. Elle tient mon regard sans aucune hésitation toutefois sans aucun mépris. Parler en chinois pour moi était quelque chose de tout à fait normal au Japon, je passe 90% de mon temps avec Ayden alors cela m’est resté comme inné. Par contre pour le japonais, je dois avouer que j’ai encore un peu de mal parfois.

Ses manières ne sont pas celles qu’on m’apporte d’habitude, bien au contraire, je suis plus souvent… Vu comme quelqu’un d’important, à qui l’on doit respect avant tout et pour qui on lècherait les bottes s’il le faut. Pour ma part, cela n’a aucune importance, tant que les actions considèrent mon existence et ne porte aucune insulte en mon égard, je n’attends rien des mots et des gestes du quotidien.

« Ca s’entend tant que ça ? De Shanghai. »

En tout cas, si une chose est sûre, c’est qu’elle et moi n’avons pas l’air de vouloir être là et que cela se sent. Je ne dirai pas que l’atmosphère est tendu, plutôt qu’il est… Lassant. C’est d’une lenteur et d’une contre-production. Nous pourrions forcément faire autre chose de plus intelligents mais une promesse et une promesse et si c’est une personne intelligente, j’imagine qu’elle peut aussi avoir des conversations intéressantes. Même si elle ne requiert ni mon aide, ni mes indications. Je hausse les épaules en soupirant à sa réponse et regarde ailleurs, me tournant vers la fontaine quand elle se lève du banc ; l’expression de mon visage placide et blasée.

« Ha ? » J’apprécie moyennement qu’on me donne des ordres et bien que je sais qu’elle n’en avait aucunement l’intention, mon menton se tourne à vive allure vers elle et je la foudroie du regard par réflexe avant de légèrement froncé les sourcils et pincer mes lèvres. « Pourquoi pas. » Je la suis à contrecœur dans la direction qu’elle dû choisir aléatoirement puis grogne doucement, me rendant compte de la situation quelque peu ridicule. Nous cherchons un prétexte à continuer quelque chose que tout deux voulons arrêter. Prenant une bouteille d’eau de ma besace, je bois une gorgée puis pointe vers son sac à elle, marchant droit et élégamment à côté d’elle.

« Section Economie ? » Peut-être avais-je mal compris les informations qu’on m’avait donné. J’attrape un de mes livre de cour, celui sur la géopolitique asiatique et lui montre comme une carte d’identité. « Uhm… Politique… » Comme si cela était surprenant pour un fils de politicien. D’ailleurs, est-ce qu’elle sait au moins qui je suis ? Je la fixe un long moment, suivant le chemin amenant dans les grands jardins du campus puis un léger sourire en coin apparaît, satisfait. Je veux croire qu’il y a quelqu’un ici qui ne sait pas qui je suis. Au bout de quelques instants, je range mon bouquin et reprend le fil d’une conversation plus… Soutenue que celle d’avant.

« Première année, c’est cela ? »

Au moins, il fait beau et chaud, le gazon est d’une belle couleur verte et les oiseaux chantent gaiement, si jamais on s’ennuie trop, on peut faire semblant de s’écouter et juste profiter du paysage. Plusieurs questions bateau m’arrivent en tête toutefois à chaque fois, j’imagine qu’elle quémandera la pareille… Et je n’aime vraiment pas étaler ma vie privée. Mais peut-être est-il temps de faire l’effort de s’ouvrir même aux gens qu’on ne connaît pas ?

« Pourquoi étudies-tu ici ? »

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Ce message a été posté Ven 12 Aoû - 10:11
Je pensais être la seule à être en train de faire un effort phénoménal en étant présente ici. Toutefois, à en regarder mon interlocuteur, il semblait qu’il n’était pas non plus des plus ravis. Je craignais que la journée soit longue et interminable à cause de cela. Bien évidemment, nous pourrions, autant l’un que l’autre, couper court à la conversation et partir chacun de notre côté. Cela aurait arrangé bien des choses. Cependant, j’étais bien trop bornée pour faire une chose pareille. J’avais dit à Fu Hai que je ferai l’effort de passer au moins une heure en compagnie de ce parrain qui m’avait été attribué, et je ne pouvais tout bonnement laisser ce petit défi de côté. Il fallait que je me sociabilise, que j’apprenne à manier l’art des relations humaines. Je savais que cela saurait m’être utile, vu tous les projets farfelues et quelques peu dangereux que j’avais en tête.

« Un peu. »

J’haussais les épaules, et acquiesçai ensuite d’un signe de tête à sa réponse. Shanghai. Je n’avais aucun souvenir d’y avoir mis les pieds. Il me semblait pourtant que nous avions comme un grand oncle qui vivait là-bas. Mais, la distance est plutôt grande à parcourir et notre porte-monnaie était un peu trop petit pour y aller faire du tourisme. Enfin, là n’était pas le sujet. Non, il fallait plutôt que nous nous déplacions. Ne serait-ce qu’un peu, histoire de meubler notre silence au moins par le bruit de nos pas.
Je proposai donc d’aller dans une direction prise au hasard, sans même songer un seul instant que peut-être l’idée ne lui plaisait pas. « Section économie ? » J’arquai un sourcil à sa remarque, baissant sous son geste le regard sur mon sac à dos. Ah ! Le livre ! Il était plutôt évident qu’il déduise cela, même si au final le domaine de l’ouvrage était à mille lieux de celui pour lequel j’étais venue étudier à Royal.

« Non, section scientifique mais… c’est mon récent passe-temps. »

Ce n’était pas tout à fait vrai, sans être tout à fait faux. Dernièrement, je m’étais mis en tête d’en apprendre d’avantage sur le monde des entreprises et leurs univers sans pitié et totalement superficiels. Il me montrait alors son livre de politique, et, j’en finis par me demander si un tel bouquin pourrait m’intéresser. Je ne m’y étais pas penchée, mais, l’idée ne me déplaisait pas tant que cela finalement.

« D’accord. C’est intéressant ? »

Je demandais principalement par réflexe, par curiosité du sujet inconnu que pour son avis personnel. Beaucoup d’étudiants étaient présents ici sans avoir eu leur mot à dire quant au cursus à suivre, alors, je ne serais pas réellement étonnée si Jia Heng en faisait également parti.
Nous arrivons dans une zone plus verte, plus arboré. Marcher à l’ombre de quelques arbres n’était pas désagréable. Cela apportait un peu de fraicheur. L’air était léger. Même après plusieurs mois cela m’étonnait encore. L’air du continent était bien plus lourd et étouffant, alors même que nous étions maintenant en pleine capitale nipponne, l’atmosphère était bien plus agréable.

« Oui. Et toi ? Quatrième, non ? »

Question rhétorique. J’en connaissais déjà la réponse, car les informations m’avaient été données lorsqu’il m’avait été dit qui serait l’heureux élu qui me servirait de parrain. Finalement, une question que je redoutais un peu se fit entendre. « Pourquoi étudies-tu ici ? ». C’était tout à fait logique que les gens demandent cela. Cela coulait de source de poser une telle question. Mais, comment y répondre ? Là était mon problème principal. Je ne pouvais décemment dire : mon frère ainé a une maladie mortelle, et son frère ainé, qui est en réalité mon demi-frère vit à présent au Japon, je suis venue pour quitter ma mère qui a lâchement abandonné le plus grand lorsqu’elle était enceinte du second pour le laisser aux griffes d’un homme colérique qui est à présent à la tête d’une grande société. Non. C’était impossible.

« Je crois que, le plus simple serait de dire que quelques soucis familiaux m’ont poussé à venir ici. »

Une jolie phrase de plus de quatre mots et terriblement vague venait enfin de sortir de ma bouche. Je ne savais vraiment quoi dire de plus. Je ne voulais pas non plus lui demander sa raison d’être dans cette université. Peut-être détestait-il cette question autant que moi ? Ce n’était pas impossible.

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Ce message a été posté Ven 12 Aoû - 23:34
Mon alter-ego. Cette demoiselle doit sûrement l’être. Elle a l’air de s’ennuyer tout autant que moi, blasée et froide. Si je n’en avais pas rien à faire cela me rendrait presque curieux. Et je vois que tout comme moi, elle est bornée à vouloir montrer une « bonne » image d’elle, ou plutôt, à ne pas être celle qui craque en premier.

En tout cas, elle remonte dans mon estime (bien que je n’aie jamais pensé que la gestion soit un hobbie). J’ai toujours trouvé les sciences plus intéressantes que l’économie et surtout, plus profond et moins abrutissant. Le capitalisme est bel et bien une connerie qui certes, me permet de faire partie du sommet de l’échelle sociale et financière… Mais c’est aussi une belle façon d’observer la misère d’en bas. S’en est honteux… Je grimace quand elle me pose la question et hausse les épaules, préférant détourner le visage en répondant d’une voix lasse et grave : « Pas vraiment » Je n’en fais pas par plaisir après tout, néanmoins si j’avais eu le choix, je ne pense pas que j’aurais choisi autre chose parce qu’au fond, je ne sais pas trop ce que j’aime dans la vie. Et il paraît que la politique me colle bien finalement. Un soupire m’échappe et je continue de fixer la nature plutôt que mon interlocuteur, continuant à poser des questions simplement pour ne pas laissera de blancs puis me stoppe quand elle répond à celle qui me paraissait la plus hargneuse. De haut en bas, je l’observe, note que ses vêtements sont simples, sa peau en bonne santé mais sans pour autant éclater de beauté. Je hoche la tête puis me mets à sourire discrètement, en coin :

« Moi aussi… » Je reprends la marche avec un air un peu plus confiant et range mes mains dans les poches, levant le menton haut avec fierté. « Pour ma part, je n’avais pas prévu de partir de Chine. Même si on l’avait prévu à ma place, forcément. »

Mon téléphone vibre à cet instant, le sortant de ma poche gauche, zieutant le message immédiatement : ça ne pouvait être qu’une personne de toute façon. Je retiens un rictus stupide en voyant les fautes que mon garde du corps à faite dans son sms (et en voyant aussi que ce n’est pas à moi qu’il devait l’envoyer) puis lui réponds rapidement. Je range l’appareil et me racle la gorge. « Désolé pour la question. » Je n’apprécie pas souvent m’excuser, voir jamais, mais il me semblait l’avoir mis dans une position délicate alors, pour une fois, cela n’allait rien m’arracher. De retour concentré sur le chemin, je trouve l’atmosphère plus détendu que toute à l’heure, peut-être qu’avoir compris que nous étions de ma trempe me mettait plus en confiance ? Quand tout à coup…

A peine ai-je levé les yeux et ai remarqué le groupe de primaire là-bas en train de sortir de cours que mon cœur s’affole et tape fort contre mon poitrail, les enfants courant dans notre direction comme un troupeau de buffles affolés (ou du moins, cela me paraît-ainsi.) Je déglutis et me rapproche subrepticement de l’étudiante, tentant de garder du mieux que je peux une expression figée et indescriptible. Pour essayer de changer le sujet du mieux que je peux, pressant mes mains en poings, je m’exprime lentement et clairement, manquant de bégayer, un octave au-dessus qu’à mon habitude : « Et q-quel est ton champ d’étude en sciences ? Biologie ? Chimie ? »

Toutefois mes pupilles sont rivés sur les élèves et je sens ma température augmenter et la présence d’Ayden me manque et je suffoque, ma trachée se resserrant et ma salive s’asséchant. La seule chose que j’espère c’est qu’ils passent vite et qu’ils nous ignorent. Et que je ne commence pas à trembler ou à claquer des dents sous l’angoisse. C’est ridicule. Un homme de mon âge et de ma carrure qui a peur des enfants. Si seulement c’était la vérité. En tant qu’agoraphobe, ce n’est vraiment pas simple de supporter les moments d’affluences et encore plus lorsqu’on ne s’y attend pas et que la situation n’est déjà pas la meilleure. Pour être honnête, je n’ai aucune idée si Jiao Li me répond ou parle tout simplement, mon cerveau est bien trop alerté.

« Quoi ? » Je la regarde, confus, l'adjectif « Perdu » pourrait être écrit en gros sur mon front.

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Ce message a été posté Sam 13 Aoû - 21:06
Il m’est impossible de ne pas le croire lorsqu’il me dit que sa section n’est pas très intéressante. D’autant que la façon avec laquelle il me répondit ne fit que valider ma supposition que, comme beaucoup d’autres, il faisait partie de ces élèves qui n’avaient pas eu leurs mots à dire lors de leurs inscriptions dans cette école. C’était quelque chose qui m’était longtemps paru insensée. Puis, plus le temps passait et plus je me rendais compte qu’en fait, j’étais parmi les chanceux. Je n’avais jamais eu à suivre un chemin imposé. Mes bons résultats m’avaient permis d’aller dans n’importe quelle école, et mes parents étaient ouverts à toute proposition tant que celle-ci était correcte. Au final, la seule chose que j’avais peu appréciée avait été les cours de musique que mon père m’avait imposé pendant plusieurs années. Et encore, même si je m’y étais déjà rendue en trainant des pieds, cela n’avait jamais été comme si je me rendais au bagne.

« Je vois… C’est bien dommage d’être privé d’une liberté de choix de cette façon… »

Je ne savais pas vraiment si je disais cela pour lui, ou pour moi. L’entendre parler ainsi me rappelait soudainement Ethan, mon demi-frère ainé. Lui non plus n’avait pas choisi. La voie dans laquelle il errait à présent avait été toute faite, toute tracée. Il avait été mis là sans qu’aucune question ne lui soit posée. C’était triste. J’espérais, étrangement, que Jia Heng se détacherait lui aussi de cette emprise. C’était étrange de penser ainsi face à un inconnu… Je m’en étonnais moi-même.

« Ce n’est rien. »

Répondis-je simplement à son excuse, qui sonnait maladroite mais sincère. J’imaginais à présent que ce n’était pas une question qu’il aurait apprécié qu’elle lui soit posée. J’avais finalement bien fait de ne pas lui rendre la pareille. Je n’avais qu’à peine remarqué son attention se détacher pour se porter sur son téléphone. Je regardais les alentours, posant rarement mon regard sur sa personne. Une sonnerie légère se fit entendre au loin. Quelle heure était-il ? Je n’en savais rien. C’était la fin des classes pour certains en tout cas. Des enfants sortaient en troupeau à quelques mètres de nous, tout content dans leurs beaux uniformes de voir leur journée se terminer. Heureux de pouvoir aller à leurs activités, oubliant un court instant la montagne de devoirs qui les attendait. « Et q-quel est ton champ d’étude en sciences ? Biologie ? Chimie ? » Sur le coup, j’avouais ne pas remarquer de différence dans son ton. J’avais le regard fixé sur les primaires, sur ce qui nous entourait.

« Astronomie. C’est un domaine plutôt intéressant, pour un choix fait au hasard. »

Quelque chose clochait. Je savais que ma réponse ne l’intéressait peut-être pas plus que cela. Toutefois, je sentis comme un léger changement dans l’atmosphère. Je fronçai soudainement les sourcils, en portant mon attention sur lui. Son visage était plus crispé, et son regard avait totalement changé. Je ne comprenais pas au départ, de quoi cela venait-il. « Quoi ? » Finalement, il me regarda, légèrement interloqué. J’arrêtai ma marche, mon regard faisant quelques aller et retour entre les joyeux camarades et lui. Il semblait que plus ils avançaient, et plus Jia Heng pâlissait. Rapidement, je posais ma main sur son poignet. Je le saisis avec douceur, mais suffisamment de fermeté pour qu’il comprenne qu’il devait me suivre. En quelques pas rapides nous quittâmes l’allée principale. Je nous éloignais un peu, mais pas trop. Juste assez pour que le brouhaha des écoliers se fassent moins entendre, et que le chant des cigales prenne le dessus. Je lâchai ma prise, et le regardai avec attention.

« Ça va mieux ? »

Je n’avais littéralement aucune idée de ce qu’il venait de se passer. J’avais agi instinctivement, sans réellement savoir si cela avait été la meilleure solution. Je le fixais avec de grands yeux, légèrement inquiète. J’observais ses traits, ses mains jusqu’alors serrées en poing. Je croisais les doigts pour qu’il reprenne des couleurs et qu’il ne tombe pas, étant donné sa carrure, retenir sa chute ne serait pas chose aisée.

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Ce message a été posté Dim 21 Aoû - 21:57
Lorsque Jiao Li parle de liberté, je souris doucement, la fixant avec une certaine malice. Je hoche la tête négativement et fronce les sourcils « Ce n’est rien. » Dis-je nonchalamment, haussant les épaules parce qu’au fond, il y a pire comme restrictions et si je me mets à énumérer toutes les choses qu’on m’interdit, je pense qu’elle risque de se demander si en soit je vis tout simplement. Ma réponse serait sûrement « Non » au fond. Je ne vis pas, je survis.

Et quand on parle de survie, Ayden est mon seul pilier et en soit, ma seul réal liberté. Alors quand mon ochlophobie fait rage et que je me mets à paniquer, perdant pieds et manquant d’oublier de respirer Ô combien ma gorge se serre tel un étau. Je cligne des yeux et tente de me remettre dans le droit chemin, je repense au sms que je viens de lire, compte jusqu’à 50. Je récite mon nom, mon prénom, mon âge, ma date de naissance et ma ville natale, serre mes poings, bouge mes orteils et regarde au plus loin. Mais le monde tourne et je suis déconnecté et je n’entends pas la réponse de Jia Li à cette question dont je ne me souviens déjà plus du sujet. Je panique et une goutte de sueur parsème ma nuque. Et une goutte de sueur coule long de ma tempe droite. Je tente de me remettre dans la réalité, je la regarde et parle mais le son qui sort, le fameux « quoi » me paraît si inconnu que les traits de mon visage me semblent être impossible à bouger. Je suis paralysé.

Et d’un coup, comme si je venais de me prendre une baffe, un choc, je sens une main autour de mon poignet, je la vois m’observer et un souffle me reprend comme si j’avais oublié depuis tout ce temps de respirer. Ma mâchoire se délasse et je porte ma main libre à mon visage, bloquant ma vue un instant. Lorsque nous sommes arrêtés, je retire mon bras le plus lentement possible, tentant de garder un semblant de contrôle, ce n’est peut-être pas grand-chose mais je ne voulais pas non plus la vexer. Je sens mes genoux trembler et tout mon corps relâcher l’adrénaline qu’il venait d’accumuler et j’inspire encore à nouveau, faisant des exercices pour calmer mes palpitations. C’est honteux. Je mords ma lèvre inférieure avec embarras et rage, en colère contre moi-même puis secoue la tête comme approbation.

« Sûrement la fatigue. Rien de grave. » Mentais-je tout en me découvrant le visage, clignant des paupières face à la luminosité toutefois soulagé de voir le monde redevenir coloré et surtout, dans le bon sens. Ces doigts sur mon poing me font desserrer la tension d’un bond, sursautant en arrière par réflexe, mettant de la distance entre nous deux. Mes sourcils se froncent naturellement sous l’ennui de la situation mais ne voulant pas non plus la faire culpabiliser alors qu’elle a bien voulu m’aider (au fond elle n’est pas mauvaise), je détourne le visage et ravale ma salive avant d’annoncer, gêné : « Merci. »

Je hais me sentir vulnérable. Je hais qu’un inconnu puisse connaître mes faiblesses les plus sensibles et je ne voulais en aucun cas partager cela avec elle. Je ne sais pas qui elle est et elle ne sait pas qui je suis. Et au fond, j’aimerai que cela reste ainsi… « Tu disais ? Je n’ai au final pas entendu… » Mes joues sont rouges d’embarras, je le sais, c’est pour cela qu’au final, je préfère rester le dos tourné. Cela parait sûrement immature de ma part cependant, juste par fierté mal placée, cela me réconfortait un peu.

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Ce message a été posté Mer 24 Aoû - 17:51
Un mensonge. Un vrai. Mais, que j’acceptais sans en demander d’avantage. Il avait très certainement une bonne raison pour me dire que sa réaction venait d’un gros coup de fatigue. Nous n’étions pas suffisamment proches pour que j’en vienne à lui demander de me donner des explications. Et puis, je n’étais pas non plus ce genre de personne qui met son nez dans les affaires des autres juste pour assouvir sa curiosité. Alors, je me contenterais d’un « sûrement la fatigue. », je croirais au fait que ce n’était pas grand-chose, rien d’inquiétant, rien de grave. J’étais facile à contenter, et, j’aurais normalement dû hausser les épaules et acquiescer d’un signe de tête à sa réponse. Toutefois, une partie de moi ne pouvait s’empêcher d’observer son teint pâle dans l’attente que celui-ci reprenne une couleur plus dorée. Je restais sur le qui-vive, analysant d’un regard doux l’expression de son visage se détendre pour me rassurer qu’il n’allait pas tomber.

« Ce n’est pas grand-chose. »

J’aurais aimé lui proposer d’aller nous asseoir. J’aurais aimé lui proposer d’aller lui chercher à boire, quelque chose de frais dans un distributeur pas très loin. Cependant, je me retenais de trop parler. Etant donné sa réaction, je doutais qu’il veuille que je le tartine d’attention. Alors, je me contentais de répondre que c’était bien naturel d’avoir agi ainsi. Tout le monde aurait agi de la même manière, non ?
J’esquissai un sourire à son dos tourné, alors qu’il relançait notre sujet de conversation perdue depuis de courtes minutes. C’était presque étrange de sentir l’indifférence changer sur un sentiment nouveau. Jia Heng n’avait pas franchement, voire même pas du tout, sa place dans mon univers. Il y était rentré par imposition, et, il en avait été de même pour moi. Je restai d’ailleurs persuadée qu’après cette petite heure partagée – je ne visais pas plus pour le moment – nous nous séparerions sans nous revoir, à moins d’un hasard quelconque dans les couloirs de l’université. Je restai persuadée que j’inventerai les excuses les plus improbables et les mensonges les plus vrais à raconter à l’association, ainsi qu’à mon frère, lorsque ceux-ci me demanderaient des nouvelles de mes rencontres avec mon parrain. Oui, tout cela se passerait ainsi. Alors, pourquoi, soudainement, je sentais pointer un intérêt singulier en moi ?

« Oh, hm… Nous parlions de mon champ d’étude, et, je disais que j’avais choisi l’astronomie, par hasard. »

Je me sentais souvent ridicule à préciser que ce domaine n’était pas un choix venant d’une passion folle née durant mon enfance. C’était le cas de nombre des élèves de ma promotion ; un rêve d’enfant, une ambition forte et lointaine. Au final, pour moi, cela avait été un choix fait sans grande réflexion, presque par ennui. Cela m’avait peu importé de choisir l’astronomie ou quoi que ce fut d’autre. J’avais simplement voulu étudier au Japon pour me rapprocher de Fu Hai. Ensuite, le choix c’était fait par élimination.

« Dis-moi, si tu n’étais pas étudiant en politique, quel autre domaine aurais-tu choisi ? »

Une question un peu hasardeuse. Une question lancée comme ça, sans me rendre compte qu’elle était également là pour en découvrir d’avantage. Il était venu ici sans en avoir le choix, et, j’étais persuadée qu’il n’avait pas non plus choisi sa matière principale. Cela me rappelait soudainement une question que j’avais posée à Ethan, en voulant lui demander ce qu’il ferait si sa position était différente. Il avait été relativement pessimiste. Ainsi, je me demandais si Jia Heng était le même genre de personnage, à avoir un regard négatif sur sa propre existence ?

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Ce message a été posté Dim 28 Aoû - 18:51
Il me faut un peu de temps pour revenir à mes esprits après une crise de panique, parfois même il me faut une journée. Mais je ne peux me permettre de prendre une heure ou deux, j’ai à côté de moi ma filleule et des « responsabilités » à combler. De plus, il est hors de question de me laisser aller dans un lieu public, que penserais les médias s’ils pouvaient mettre la main sur ce genre d’informations ? Que penserait mon père ? Moi je le sais. Il me dirait sûrement « Si cela arrive une fois. Cela peut arriver ensuite à n’importe quel moment, n’importe quelle situation. Et ce serait une honte sur notre nom. »

Jia Heng, la fierté des Li qu’on m’appelle. Mais je suis surtout « Jia Heng, celui qui fuit toute humiliation ». Il n’y a rien de beau et d’admirable à quelqu’un de lâche qui échappe la vie pour ne pas s’amocher. Mes mots me ramènent à la réalité et je reprends rapidement contrôle de moi, me tournant vers elle après avoir prononcé ma dernière phrase, reprenant par politesse le sujet de conversation que j’avais moi-même lancé et moi-même mis en pause dû à la faiblesse à laquelle j’ai osé cédé. Je hoche la tête à sa réponse et croise les bras, reprenant la marche vers les arbres pour chercher un peu d’ombre. « C’est plutôt intéressant je trouve comme sujet. Une idée de métier déjà ? » C’est presque avec surprise que je note de la sincérité dans ma voix, fixant avec confusion le chemin en face de nous, le visage froissé par nature. Jiao Li est… Intéressante mais surtout, respectueuse et cela m’a touché. Elle n’avait pas poussé le sujet de mon angoisse clairement évidente et c’est quelque chose qui bien sûr, me soulage. Le « Hasard » qu’elle avait précisé ne m’avait pas choqué. Pourquoi pas après tout ? Je suis en politique contre mon gré alors pour ne pas se lancer dans quelque chose sans réel intention derrière ? Si les capacités sont là, rien ne dérange en soit.

Rien ne dérange sauf sa phrase suivante, me faisant presque m’arrêter à nouveau, clignant des paupières avec interrogations. Je ralentis le pas et reste silencieux un moment, les pupilles fascinées par la couleur des feuilles et du ciel. « C’est… » J’aurai voulu l’envoyer balader et lui dire que je n’avais pas d’autre choix de toute façon (Ce qui est vrai), toutefois cela me semblait être un minimum après la courtoisie qu’elle m’avait démontré. « C’est une bonne question. » Dis-je toujours pensif. Je relâche la tension que mes mâchoires exercent entre elle puis tourne le menton en sa direction, arquant un sourcil. « Quelque chose au hasard aussi j’imagine ? Je n’ai pas vraiment de passion. » Expliquais-je avec simplicité, parce qu’au fond je ne pouvais être malhonnête à ce sujet, rien ne m’intéresse vraiment, je n’ai jamais eu l’occasion ni le droit d’apprécier d’une activité en particulier à part les sorties nocturnes en vélo et le basket-ball avec mon meilleur ami. Je suis… Presque déçu de ne pas savoir ce qui pourrait être bien pour moi à part les choix que l’on a fait pour moi depuis tout ce temps. C’est frustrant de se savoir aussi cloîtrer et de ne pas savoir quoi faire pour sortir de cette prison.

Je repense à ma dernière rébellion : à mes tatouages et mes cheveux blonds. Je souris timidement pour moi-même et m’exclame dans un rire étouffé : « Pourquoi pas coiffeur, je suis sûr que cela plairait à mon père tiens… » Sans même m’en rendre compte, c’était sorti seul, comme une blague pour apaiser la rancœur qui avait pris place en mes entrailles. En moins d’une seconde, je repris mon visage sérieux, raclant ma gorge sous l’embarras de ma phrase, repartant dans un mutisme de protection.

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Ce message a été posté Mar 30 Aoû - 16:40
Intéressant, disait-il. Oui, je ne pouvais pas vraiment démentir là-dessus. C’était intéressant. C’était enrichissant. J’étais plutôt satisfaite de mon choix, bien que fait sans but. Je prenais scrupuleusement des notes pendant mes cours, effectuais avec un perfectionnisme un peu désuet mes travaux et autres devoirs. J’étais plutôt douée, mais, il me manquait la passion. Je le savais pertinemment. C’était sans doute une des raisons pour laquelle j’avais du mal à parler de mon avenir. Les conversations sur ce thème finissaient toujours par un haussement d’épaules et l’invention d’un tout autre sujet pour changer la discussion. Je ne voyais pas plus loin que la fin de mes études. A dire vrai, je ne voyais pas plus loin que la fin de ma première année, voire même de mon semestre. Mon esprit était totalement obstrué par mon inquiétude concernant la santé fragile de mon frère, de mon impossibilité à faire quoi que ce soit, de mon manque de pouvoir et de charisme pour changer les choses dans sa vie, et protéger notre famille. C’était ridicule, et cela me hantait. Alors, quant à penser à un métier… Non, cela m’était tout bonnement impossible.

« Aucune idée. Sans doute ce qui se présentera sur le chemin, les opportunités ne manquent pas… »

Répondis-je, un peu vague dans mes propos. J’avais fini par hausser les épaules. Que pouvais-je dire de plus ? Je n’angoissais pas à l’idée de ne pas trouver d’emploi. J’étais suffisamment intelligente pour me débrouiller et faire mon bout de chemin.
Finalement, j’avais fini par lui poser une question un peu de but en blanc. Une question à laquelle j’avais un peu de mal à répondre pour moi-même. Une question que je savais difficile, car, petit à petit, il me semblait être possible de cerner quelques infimes parties du personnage de Jia Heng. Sa réaction ne m’étonna donc pas, et je patientai, curieuse d’entendre la réponse qu’il aurait à me donner. « Quelque chose au hasard aussi j’imagine ? Je n’ai pas vraiment de passion. » C’était bien dommage, pensais-je, de ne pas avoir de passion. Non pas que j’en avais réellement non plus. J’étais une grande gourmande, une amatrice de lecture mais, de là à parler de passion… Finalement, peut-être n’en avais-je pas non plus ? Pauvre de moi. Finalement, il ajouta en un rire un peu dissimulé l’idée de devenir coiffeur, pour le simple fait d’agacer son paternel. L’idée me fit sourire. J’aimais cette idée.

« La syncope le guetterait sans doute ! Mais, ce n’est parfois pas une mauvaise chose… »

Alors, non, je ne souhaitais pas là la mort de son père, qui qu’il soit. Cependant, je déclarai sans crainte que parfois, il était bon de secouer son univers à grands coups. J’avais secoué le mien en quittant le nid de bonne heure. Le prétexte des études avait été une bonne excuse, alors qu’au final, je savais mieux que quiconque que j’étais venue ici pour ébranler la situation. Je n’étais pas certaine que cela finisse par fonctionner, mais, ne rien tenter ne mènerait pas plus à quelque chose. Bien sûr, je n’étais pas là pour enseigner quoi que ce soit à Jia Heng. Il était plus âgé que moi, et bien que présent ici par obligation, il devait très certainement avoir provoqué sa dose d’aventure.
Je ne savais quoi ajouter d’autre pour le moment. Alors, je laissais le silence s’installer paisiblement entre nous. Finalement, l’atmosphère s’était modifiée… Elle était un soupçon plus légère. Nous avions réussi à aligner plus de trois mots. Cela relevait du miracle, en sachant à quel point nous trainions des pieds pour nous rencontrer aujourd’hui. Nos expressions étaient encore un peu figées, mais, je mentirais si je disais que nous ne réagissions pas un minimum l’un à l’autre.

« Crois-tu qu’il est possible de se détacher d’une personne qui a main mise sur nous ? »

Je regardai le ciel, un air un peu mélancolique dans les yeux. Je ne savais rien de lui. Je ne savais pas si cette question le ferait réagir négativement, mais, j’avais soudain ressenti cette envie de lui poser la question. Je la posais pour Ethan, qui semblait penser ne jamais pouvoir se détacher de son père autoritaire, de cet homme dangereux. Pour ce demi-frère qui préférait souffrir en silence pour protéger ses proches plutôt que d’affronter l’individu, pensant perdre d’avance.

« Désolée… Tu n’as pas à répondre. C’était un peu idiot comme question. »

Rajoutai-je rapidement en le regardant. Je me demandais bien comment il pourrait répondre à cela. Et puis, je ne pensais pas pouvoir lui détailler les grandes lignes de ma folle histoire familiale… Or, sans ces détails, je doutais qu’il puisse comprendre le fond de ma question.

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Ce message a été posté Dim 4 Sep - 17:59
Tout comme moi, Jiao Li a l’air de manquer d’ambition ou plutôt, ne regarde pas l’avenir avec beaucoup d’attentes. Je ne sais pas trop dans quel genre de famille elle a grandi, mais c’est très facile de se retrouver avec l’herbe coupée sous le pied quand nos proches ne sont pas assez présents ou parfois trop. Je hoche la tête, compréhensif puis ne cherche pas aller plus loin parce qu’au fond, ça ne me regarde pas et je ne suis pas du genre à m’immiscer là où il ne faut pas. Par contre, elle n’a pas l’air d’avoir ce problème et j’ai presque honte d’avouer que je n’ai pas de passion dans la vie. Après tout quoi ? Je fais du basket-ball mais je n’en fait pas souvent et ça me blase très rapidement. On peut dire que mon premier hobby dans la vie c’est ne rien faire. Tu ne gagnes pas grand-chose avec ça mais regardez mon père, c’est un politicien qui fait pas grand-chose de productif et il gagne à chaque fois…
« Oh. Tu n’es pas la première à parler de la mort de mon père. » Dis-je sérieusement, passant peut-être pour un sociopathe. Mais c’était la vérité. Être premier ministre fait de mon paternel la meilleure cible pour les menaces ou autre connerie. Je hausse les épaules et me demande ce que je ferais sans mon père : Je serai sûrement perdu. Je ne saurai où aller, je ne saurai quoi dire. Je n’aurai plus aucun repaire et plus aucune limite. Plus personne pour me taper sur les doigts et plus personne pour me rabaisser certes, mais plus personne pour diriger la vie que je n’ai jamais contrôler. A cette idée, un frisson parcourt mon échine et je déglutis de nervosité. Mon regard se perd sur le chemin et je crois mes bras derrière mon dos, pensif.

Que ferions-nous sans mon père ? Le soleil tape sur les feuilles et le sentier. J’inspire un bon coup et tourne la tête quand Jiao Li repose une autre question gênante, me faisant arquer un sourcil et grimacer. « Je… » Mes poings se resserrent et ma salive me manque, comment je pouvais répondre ça ? Dans ma tête, je cherche les réponses typiques qu’on m’a fait apprendre pendant toute ma jeunesse mais rien ne me paraît évident et je tourne la tête vers elle, mes yeux dans les siens avant de cligner des paupières.

« Je… Je suis pas sûr… » Répondais-je avec sincérité, confus et perdu, égaré parmi les différentes possibilités. Si je me débarrasser de ce joug, je serai enfin libéré mais qui suis-je vraiment une fois désaliéné ?

« Non c’est rien. C’est une question… Pertinente je trouve. »

Je m’arrête et mords ma lippe, continuant d’accrocher son regard du mien. « Je pense qu’on le peut que si on le veut. » Respirant calmement, je m’approche d’elle, grand telle une tour et me poste juste en face, intimidant. « Mais c’est toujours difficile ce qu’on veut vraiment. » Nerveux, je me balance sur mes talons et lui pointe un banc du menton. « Asseyons-nous. » Finissais-je, m’exécutant immédiatement, non, je ne prends pas souvent « non » comme réponse.

« Pour être honnête. Lorsque tu n’as vécu qu’avec cette fameuse main mise, c’est très difficile de se dire que tu peux vivre sans. Même si tu sais que c’est la bonne chose à faire. » Un soupire m’abandonne et je m’affale dans le banc, laissant ma tête tomber en arrière, fermant les yeux. « C’est même… Effrayant… » chuchotais-je, profitant de la nature et de ma liberté au Japon. « Qu’en penses-tu ? »

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Bon, ben... Salut [Jiao Li]

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